Fibromyalgie et ostéopathie : mémoire - résultats

14 Juin 2022 Julie Pasquali - Ostéopathe Les pathologies et l'ostéopathie

Mémoire en vue de l'obtention du diplôme d'Ostéopathe

Perception des patients atteints de fibromyalgie à propos de la place de l’ostéopathie dans leur prise en charge : étude qualitative par entretiens

Caractéristiques des participants

10 entretiens semi-directifs ont été réalisés. Les participants, recrutés par le biais de différentes associations de patients fibromyalgiques, se situaient dans différentes régions de France. Parmi eux nous avons compté 1 homme et 9 femmes, leurs âges varient de 17 à 69 ans.

Leurs caractéristiques ont été résumées dans le tableau suivant :

memoire fibromyalgie osteopathe versailles

Résultats de l’analyse par théorie ancrée

L’analyse des entrevues réalisées à permis l’émergence de 3 thèmes principaux : la relation patient-praticien, le traitement, la satisfaction, les résultats obtenus, ainsi que les facteurs influençant le choix de consulter un ostéopathe. La comparaison aux autres soins reçus et l’expérience passée ont eu une place importante dans le discours des répondants mais, leur lien avec la problématique de l’étude étant moins évident.

Quelques citations et verbatim issus des entretiens ont été intégrés aux résultats afin d’en illustrer le contenu.

La relation thérapeutique

Son importance dans la prise en charge

Les participants considèrent la relation patient-praticien comme une composante essentielle pour la bonne gestion de leurs symptômes. Au départ, les répondants l’ont décrite comme une “connexion” entre eux et leur ostéopathe, qui leur semblait incontournable pour pouvoir entamer un suivi.

“ça a matché directement, sans ça ça n’était pas la peine”
“Il faut que le courant passe, sinon il faut en chercher autre et ne pas forcément s’arrêter”

Une fois développée, la relation patient-praticien semble continuer à se développer au fur et à mesure. Ainsi les participants qui avaient le même ostéopathe depuis un certain temps ont rapporté un lien renforcé qu’il aurait fallu reconstruire s’ils changeaient de praticien.

“Au fur et à mesure, surtout quand on les consulte sur du long terme, il y a une vraie relation qui se fait. Mon ostéo ça fait plusieurs années, et il y a une vraie relation de confiance"

Les caractéristiques particulièrement appréciées

La majorité des répondants ont approfondi cette réflexion sur les caractéristiques qu’ils appréciaient chez leur ostéopathe et ce que leur apporte cette relation dans la prise en charge. L’écoute dont fait preuve le praticien semble être propice au dialogue et à l’établissement d’une confiance mutuelle, contexte dans lequel ils se sentent plus à l’aise pour livrer certaines informations peut-être plus délicates pour eux.

“Il a vraiment été à l’écoute et ça m’a permis d'exprimer des choses que j’avais gardées en moi très longtemps”

“la relation est importante quand même, on discute de pleins de choses dont on ne parle pas forcément aux autres”

De plus, les participants rapportent qu’un praticien attentif à leur ressenti est plus en mesure de les rassurer avant et pendant le traitement, ce qui lève certaines appréhensions susceptibles de les fermer à une partie du traitement.

“Au début je me suis dit « Mais qu'est-ce qu'il va me faire », il a vu que j'étais un peu inquiète donc il m'a rassurée en me disant « Ne vous inquiétez pas, ça va aller », que ça n'allait pas faire mal et qu'il n'y avait pas d'appréhension à avoir”

“Je pense que plus on a confiance en son praticien, plus il nous connaît et il connaît nos besoins, plus on va se laisser faire les yeux fermés, donc je pense que ça doit aussi beaucoup jouer la relation avec le praticien”

La transparence du praticien sur ses connaissances et son champ de compétence a été décrite comme une qualité particulièrement recherchée par les patients.

“La dernière fois il a eu beaucoup de mal et il m'a dit « là je ne suis pas sûr de pouvoir faire grand chose », il a été franc sur le fait qu'il n'allait pas y arriver du premier coup, et ça j'ai apprécié”

“Même moi je ne comprend pas ce qui se passe, donc je ne peux pas lui en vouloir de ne pas savoir, par contre s’il me dit que c’est de ma faute au lieu d’admettre qu’il n’a pas connaissance de ce qu’il se passe, ça ça ne passe pas.”

Toutefois, les répondants ont rapporté que la manière dont l’ostéopathe formule et fait passer certains messages est décisive. Il semble que la qualité de la communication puisse sceller ce lien ou au contraire “bloquer” le patient.

“ Après je me suis mise à pleurer, je ne sais pas pourquoi. Il m'a beaucoup parlé, il m'a encouragée à lâcher la pression et à vider mon sac, et ça a finit par lâcher”

“Alors que pour me faire pleurer il faut déjà se lever de bonne heure, parce que je ne pleure pas facilement, mais là il a touché les cordes sensibles, mais là il a trouvé les bons mots”

Un élément déterminant de l’efficacité de l'ostéopathe

Pour son influence sur le déroulé de l’ensemble des séances, la relation thérapeutique a été directement liée à l’efficacité de l’ostéopathe par les patients.

“C'est pas seulement une fonction médicale, c'est une fonction humaine, et après ça je pense qu'on l'a où on l'a pas.Il y en a qui s'en fichent carrément, et ils sont mauvais”

“ Après c'est comme pour tout, il faut essayer, il faut trouver ce qui nous convient. Il faut trouver son thérapeute qui a une efficacité”

Le traitement ostéopathique

Le traitement manuel

Lorsque les participants ont partagé leurs attentes du traitement, ils ont principalement considéré le diagnostic et le traitement manuel. Cela nous a permis de rendre compte de leur motif de consultation. La majorité d’entre eux avait pris rendez-vous dans l’objectif d’être “débloqué” ou “replacé”.

“je voulais qu’il enlève mes noeuds au niveau de la charnière dorso-lombaire” “Je venais pour qu’il me remette mon bassin en place.”

“ il y a 3-4 mois je me suis re-déplacé un peu le bas du dos, et ça a tiré jusqu'aux cervicales, donc je me suis décidé à retourner voir un ostéo”

Un questionnement plus poussé autour de leur perception et de leur ressenti pendant et après le traitement, nous a mené à constater que les préférences des techniques étaient très variées d’un patient à l’autre.

“Je trouve que le massage ça fait vachement de bien. C’est génial, ça détend les muscles, comme ça ils me foutent un peu la paix”

“On appuie sur certaines zones, c’est pas toujours une partie de plaisir mais ça fait un bien fou. Il y a une grosse visée musculaire, il faut y aller un peu mais après ça fait du bien”

“Je pense qu'il fait aussi de la thérapie manuelle relativement douce avec moi, il arrive beaucoup mieux à mobiliser ma tête qu'avant, il fait plus de mouvement, je ne sais pas comment vous expliquer mais c'est plus souple”

Il en a été de même pour le ressenti pendant le traitement, certains ont parlé d’amélioration pendant même le traitement tandis que d’autres ont dit “tolérer” les désagréments parfois occasionnés par ce dernier au profit des bénéfices suivants la consultation. Tandis qu’une partie des participants semble préférer une approche douce et progressive, l’autre se laisse volontiers manipuler. Pour quelques-uns, ces effets indésirables les ont parfois fait barrage à la poursuite du suivi.

“Non non moi c'est ce que je dis, je ne vais pas là où on fait du cracking, je n’aime pas ça du tout”

“C’est trop douloureux, je sais que je suis hyper sensible, mais parfois rien que le contact...C'est pas possible...”

“Ce qui est désagréable c’est surtout la douleur, parce que t’as déjà mal et même en essayant d’être le plus doux possible,[...], j’en perds tout le bénéfice”

L’éducation thérapeutique

L’appréciation du conseil n’est pas la même pour tous les participants. Un conseil adapté aux valeurs, aux activités et au mode de vie d’un patient a été bien perçu, dans le cas contraire il a semblé déplacé et a souvent mis en évidence le manque d’écoute de la part du praticien.

“C’est top qu’il puisse montrer des petites choses à la maison pour soulager aussi [...] Ça me sert quand je commence à être tendue, je fais ces petits exercices, et ça m'évite de partir dans des grosse crises”

“A chaque fois on essaye de trouver des petits trucs en plus pour soulager la douleur. Je sais que rien ne règlera complètement le problème mais il me donne pleins de bons conseils.”

Les participants attendent du praticien qu’il leur partage ses connaissances et son expertise de thérapeute pour les aider à mieux comprendre leurs symptômes.

“Par exemple moi j’avais fait une IRM cérébrale [...]. Je n’avais pas compris le compte rendu, et c’est l’ostéopathe quand je lui ai ramenée qui m’a expliqué le résultat et comment l’interpréter. Ca m’a beaucoup rassurée”

“J’ai eu un déclic quand il m’a expliqué que la douleur pouvait aussi être produite par le cerveau sans que le corps soit vraiment blessé”

La complexité de l’intégration des facteurs psychosociaux

Les expériences mitigées des participants quant à l’abord des facteurs psychosociaux à révélé la complexité de leur intégration à une consultation d’ostéopathie. Le thérapeute doit être précautionneux afin de faire passer le bon message au patient sans que celui-ci ne se sente brusqué ou placé comme fautif de sa situation.

“ c'était à une époque où je n'avais pas forcément la même ouverture d'esprit qu'aujourd'hui, j'étais moins réceptif à la chose, et j'ai senti un peu ça comme une agression”

“alors elle ça s'est super mal passé : elle me mettait tout sur le dos, c'était à cause de moi, j'avais cas faire des efforts....”

Mal amenées, certaines interventions pourraient sembler déplacées et totalement hors du champ de compétences de l’ostéopathe.

“J’ai failli lui dire qu’elle était ostéo et pas psychiatre, donc sinon elle fait une formation spécifique pour avoir les deux professions”

La difficulté à décrire l’intervention du praticien

Lorsque nous avons demandé au participant de décrire les techniques manuelles dont ils avaient bénéficié, il ne leur a pas été aisé de répondre à cette question.

“Je ne saurais pas vous dire ce qu’il a fait”
“il a utilisé une technique très particulière [...] je n’ai pas tout compris à ce qu’il a fait”

Pour ce qui est du rôle de l’ostéopathe de manière plus générale, les participants ont l’ont avec méfiance et incertitude, allant parfois jusqu’à questionner l’enquêtrice (J.P) au lieu de lui répondre. très centré sur la structure corporelle, ou bien avec une perception un peu plus ouverte aux autres interventions du thérapeute.

“L’ostéopathie c’est purement physique, non ?”

“parfois on discute plus qu’il ne me manipule, c’est compliqué à expliquer, mais ça fait partie du processus”

Les résultats du traitement

Au niveau physique

La douleur est le principal critère de jugement auquel les participants se sont référés pour évaluer les résultats obtenus à la suite du traitement. L’amélioration rapportée est variable, quelques patients ne semblent en tirer aucun bénéfice, et même au contraire faire l’expérience d’effets indésirables pendant et/ou après.

“C'est trop douloureux. Je sais que je suis hypersensible, rien que me toucher ça me fait mal”

“Après pendant 72h il fallait que... exceptionnellement pendant 72h je prenais quelque chose pour la douleur, d’ailleur je prenais congé parce que je savais que j’étais dans l’incapacité d’aller travailler les jours suivants”

Cependant ces résultats peuvent être de très courte durée ou au contraire perdurer sur du long terme, parfois même pendant “des années”.

“Alors j'ai essayé l'ostéo, mais perso ça me soulage 15 jours et après ça me soulage plus, donc j'ai pas réitéré.”

“Ça m'a pas soulagée à assez long terme, c'était bien mais c'est du court terme quoi”

“ j'ai été le voir, alors en 5 séances il a remis mon bassin, qui ne s'est pas re-déplacé, sauf il y a 4 mois, donc 12 ans sans être embêté”

Le bien-être psychologique

Le sentiment de relâchement, de “détente” ressenti par les répondants à la suite d’une consultation est le résultat le plus fréquemment rapporté avec l’amélioration des douleurs. Il est parfois tout autant, voir même plus important que cette dernière.

“En général quand je ressors j'ai l'impression d'être sur un coton. Je me sens beaucoup mieux, je me sens toute légère, apaisée, relaxée...”

"Ça m'aide pas spécialement pour les douleurs au final, mais ça détend. Donc je dors bien mieux et ça ça aide déjà beaucoup”

L'amélioration de la conscience de soi

Plusieurs patients ont rapporté avoir pris conscience de la manière dont fonctionnait leur corps et de certains “signaux” qu’il pouvait leur envoyer. Celà leur permet de mieux gérer les symptômes au quotidien par le biais de l’adaptation de leurs activités, de la gestion du stress et de la fatigue.

“Moi je sais que grâce à l’ostéo j’ai plus conscience de certaines choses. J’ai réussi à lever le pied et à dire stop certains jours”

“Au fur et à mesure des séances j’ai pris conscience de certaines choses, et maintenant je connais les alertes de mon corps [...]. Je sais quand il faut lever le pied et faires les choses différemment"

La décision d’aller chez l’ostéopathe

De multiples facteurs ont été impliqués dans la décision des participants à prendre rendez-vous.

La principale motivation des participants à tester l’ostéopathie a été la déception des traitements qu’ils avaient essayés avant : le manque de solution efficace proposé par les médecins généralistes et les centres anti-douleur semble avoir été déclencheur d’une recherche de solution par eux-même.

“Je suis un peu désespérée, donc j’essaye un peu tout. C’est comme ça que j’ai atterri chez l’ostéopathe”

“Les médecins m’ont dit que ça ne servait à rien, mais comme tout ce qu’ils m’ont proposé ne me faisait rien j’ai fini par essayer”

L’expérience et l'environnement social des participants ont été à la fois rapportés comme des éléments pouvant influencer positivement ou négativement leur décision à aller chez l’ostéopathe. Leur influence sur les attentes des participants a pu être moteur comme vecteur d’appréhension. Les praticiens de santé et les proches des patients, selon l’avis qu’ils leur partage, ont pu les inciter ou les décourager à prendre rendez-vous chez l’ostéopathe. Plus les participants avaient une confiance et une estime élevée en ces personnes, plus la place de leur conseil était importante.

“La rhumatologie du cabinet ou je travaillais depuis que j’étais jeune m’avais conseillée”

“Ma mère avait l’air d’avoir tellement souffert que j’ai mis des années avant d’oser y aller”

D’après les patients interrogés, l’ostéopathie serait trop onéreuse et bien souvent inaccessible. La faible prise en charge par le système de santé en France semble desservir les patients souffrants de maladies chroniques, qui auraient besoin d’un plus grand nombre de consultations prises en charge.

“J’ai déjà fait quelques séances, mais c’est pas avec ma retraite de misère que je peux me permettre l’ostéo”

“Je trouve ça nul qu’on ne puisse pas se faire soigner parce qu’on a pas assez d’argent.”


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